Consultante en Cybersécurité, un métier d’avenir et l’avenir du métier

i-tracing - Gwendoline Lefebvre
Par Gwendoline Lefebvre, Ingénieure Sécurité, Systèmes et Réseaux chez I-TRACING

Alors que vient d’avoir lieu la Journée internationale des droits des femmes, je veux poser un regard objectif sur la place qu’elles occupent dans les technologies de l’information. Depuis que je travaille dans la cybersécurité, j’y ai vu peu de femmes développeuses, cheffes de projet ou même consultantes. Le monde digital serait donc une prérogative toute masculine ?  Je ne le crois pas et s’il existe bien un secteur où les femmes ont toute leur place, c’est bien celui-ci. En dehors de satisfaire les critères de parité, l’arrivée de femmes augmenterait sensiblement le nombre et la variété des profils d’un secteur économique en grande pénurie de talents. En luttant contre les préjugés, on peut accroître l’attractivité de la IT et, plus particulièrement, de la cybersécurité qui propose de nombreux métiers différents aux jeunes diplômé(e)s. C’est aujourd’hui vital, les entreprises et l’économie tout entière en profiterait.

 

Et si le système d’orientation scolaire et universitaire…

Je ne peux parler que de mon expérience, mais j’ai la faiblesse de penser qu’elle est significative. A vrai dire, je n’ai pas choisi ce métier car j’avais moi aussi des préjugés (qui ne se sont pas toujours faux…). Je me suis dirigée vers le métier de consultante, le cours de mes années d’études m’y ayant entraînée.

Douée en maths et en physique, avec pour projet de devenir architecte, j’ai choisi une orientation scientifique. Suivant les conseils du corps professoral, j’ai opté pour Sciences de l’Ingénieur. Cette option intégrait la mécanique et l’électronique. Des premiers pas effectués dans un monde totalement masculin ! J’étais la seule fille de ma classe alors que la classe du BAC S option SVT du lycée était entièrement féminine et ne comportait qu’un seul élève garçon ! La ségrégation serait-elle dans les cursus mêmes ?

Mon penchant pour les maths aurait dû m’orienter vers une prépa spécialisée. Je souhaitais cependant élargir le champ de mes connaissances. C’est ce besoin de perceptions différentes qui m’a amenée à devenir Consultante et cette soif d’apprendre qui fait que je continue à l’être, mais je reviendrai sur ce point plus tard.

Avant d’en arriver là, comme beaucoup de jeunes, je ne savais vraiment pas quelle voie choisir. Après quelques errements, beaucoup de questions et pas mal de recherches auprès de Centres d’Information et d’Orientation, je me dirigeai vers l’informatique. Parmi les arguments évoqués par les différents organismes consultés, j’avais retenu que le secteur de l’informatique allait être créateur d’emplois et demandeur d’un grand nombre de profils différents. C’était déjà vrai et il m’offrait de nombreuses possibilités… je le vérifie encore aujourd’hui. Le temps n’est pas si lointain et certains métiers n’existaient pas encore.

A l’époque, je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais, même si j’étais prévenue. Le monde vers lequel je me dirigeais était très masculin. Cela ne m’inquiétait pas du tout ; j’aimais et j’aime encore les challenges. Ce n’est donc pas par vocation, ni par complet hasard que j’ai choisi le métier que j’exerce aujourd’hui et qui me plaît beaucoup.

 

La cybersécurité, l’informatique et les idées reçues

Ma vision de l’informatique était très restreinte et se limitait aux composants d’ordinateur et aux jeux vidéo. Je me rends compte aujourd’hui que ce regard restreint sur l’informatique est partagé par bon nombre de personnes que je rencontre en dehors de ma vie professionnelle. Quand je dis que je travaille dans l’informatique, j’entends trois types de questions :

  1. « Ah, tu es une Geek ? » ou bien « Tu joues à des jeux ? », alors que Les Sims sont le seul nom de jeu sur ordinateur que je connaisse ! Bien sûr, les langages de programmation ont été mon premier saut dans le domaine informatique, via un DUT. Mais le développement ne correspondant absolument pas à mes goûts, je me suis réorientée vers un BTS Systèmes et Réseaux.
  2. D’autres me prennent pour une technicienne qui démonte les ordinateurs et les répare. Dès que mon père a un problème avec son ordinateur, il m’appelle ! Il est vrai que j’ai commencé par là et mes premières années d’enseignement supérieur m’ont appris à comprendre l’informatique. Après mon BTS, j’ai obtenu une licence pro en sécurité des réseaux et systèmes informatiques.
  3. Enfin, quand je précise que je travaille dans la sécurité informatique – j’ai terminé mes études par un Master en Sécurité Informatique, à l’UPMC – j’entends immédiatement crier aux hackers ! Ce qui est amusant (ou inquiétant), c’est que mes interlocuteurs deviennent sur le champ très curieux et intéressés par mes capacités. « Tu peux pirater des comptes Facebook ? » ou bien « Tu sais pirater un site web ? » Même s’il est vrai que le programme d’études que j’ai suivi m’a permis d’étudier les différents moyens d’y parvenir, sa finalité est plutôt et surtout comment s’en prémunir. C’est ce système de défense et de prévention qui donne à mon métier tout son sens.

 

La perception de la majorité des non spécialistes est créée par les séries et les films. J’aime à faire remarquer que dans de plus en plus de ces séries, comme par exemple NCIS ou Arrow, c’est une femme qui interprète le rôle de la “Geek” de service. Un signe des temps ?

 

La cybersécurité, un métier, pas un genre

L’aspect technique de la cybersécurité induit dans l’imaginaire collectif un métier plutôt réservé aux hommes. C’est pourtant ce qui me plaît dans mon métier et j’y vois de nombreux points positifs. S’il est exact que les hommes sont plus à l’écoute lorsqu’ils ont une femme en face d’eux, lui accordent plus facilement leur confiance et apprécient son sérieux et sa rigueur, je ne m’aventure pas sur le terrain des différences. Dans une entreprise, les qualités additionnées des uns et des autres font tout l’intérêt de l’activité professionnelle et toute la richesse des projets.

En revanche, ce que je sais, c’est qu’étant jeune et femme, il me faut souvent afficher beaucoup plus de compétences en sécurité informatique que mes collègues hommes, comme si jeune et femme rimaient parfois avec manque de réflexion et de logique… Je le confirme, on peut être une femme et aimer la technique !

Je ne regrette rien de mon parcours et si c’était à refaire je le ferais exactement de la même façon. J’ai eu la chance de toucher à plusieurs domaines de l’informatique et aujourd’hui, je déclare à qui veut l’entendre que la cybersécurité est vivante et me plaît beaucoup. Chaque jour, j’apprends à utiliser de nouvelles solutions de sécurité, j’examine de nouveaux besoins, j’étudie de multiples problèmes…

J’encourage les femmes qui ont un esprit curieux à aborder les nouvelles technologies et ne pas craindre d’être sous-estimées par les hommes. L’idée que les femmes ont les mêmes droits que les hommes est somme toute assez récente, nos grands-mères ont voté pour la première fois en 1945. Personnellement, toute forme de discrimination m’encourage à la surmonter. C’est ainsi que mon intérêt pour la technologie a été aiguillonné. Femmes et hommes ont toutes et tous leur place dans la IT.

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