L’automatisation à tout prix ?

Une exclusivité Les-Experts.tech

Par Michaël Melloul, Directeur Technique, Juniper Networks France

     Contraintes par les budgets, les entreprises voient l’automatisation comme un moyen incontournable pour augmenter la productivité de leurs équipes Mais si l’automatisation s’impose comme l’un des principaux objectifs informatiques de la décennie, la frénésie autour de certaines tendances et des attentes irréalistes brouillent les cartes d’un secteur en pleine mutation. En résumé, les entreprises s’orientent dans la bonne direction mais ne prennent pas le bon chemin.

 

Le modèle trompeur des entreprises cloud

Le problème de l’automatisation vient en partie du fait que les entreprises considèrent les fournisseur cloud comme le modèle opérationnel à suivre. Bien que les principaux acteurs du cloud soient d’excellents modèles à suivre, leur approche de l’infrastructure est fondamentalement différente de celle des autres entreprises.

La plupart des entreprises suivent une approche centrée sur les équipements : elles déterminent les exigences en matière de capacité ainsi que les contraintes d’alimentation et d’espace afin de sélectionner le matériel qui correspond au besoin. Les entreprises plus matures suivent une approche centrée sur l’architecture.

Les entreprises cloud, quant à elles, suivent généralement une approche centrée sur les opérations. Elles déterminent d’abord leur modèle de données, la télémétrie et les stratégies de distribution de données, qui servent ensuite à implémenter les exigences dans l’architecture, puis dans les dispositifs. En plaçant l’aspect opérationnel tout en haut du processus de conception, elles optimisent l’automatisation. Ce modèle est en contradiction totale avec les entreprises qui voient l’automatisation comme une pièce à ajouter après le déploiement, vision qui relègue le personnel opérationnel au second plan du processus de conception.

 

Une question de catégorie grammaticale

La plupart des entreprises ont une vision faussée de l’automatisation. Par exemple, à la question « Quelle partie de votre datacenter souhaitez-vous automatiser ? », beaucoup d’entreprises répondront « Le réseau ». Le problème est que l’automatisation est affaire d’action : elle doit porter sur des verbes, pas sur des noms. Les entreprises ne peuvent pas plus automatiser le réseau qu’elles peuvent automatiser une table.

Pour maîtriser l’automatisation, il est essentiel de comprendre les workflows à l’œuvre dans le datacenter. Sans cette compréhension, vous automatiserez principalement des tâches de base et perdrez tout le véritable intérêt de l’automatisation, qui deviendra juste une finalité en soi. Or, avec des avantages si minimes au départ, il est difficile de justifier un investissement à long terme, ce qui déçoit les entreprises et les freine pour progresser.

Pour identifier les workflows à forte valeur ajoutée, il est essentiel de comprendre que l’automatisation est plus rentable lorsqu’elle est appliquée à des processus où se rejoignent systèmes, collaborateurs et organisations. L’automatisation ne peut pas être un objectif poursuivi indépendamment par plusieurs équipes informatiques. Elle exige une participation collective, ce qui implique une refonte des modèles opérationnels existants.

 

Les communautés open source prennent le pouvoir

La course à l’automatisation amène avec elle ce qui est probablement l’un des plus grands bouleversements actuels : l’importance grandissante des communautés au détriment des produits. Bien souvent, les entreprises se tournent vers des produits spécifiques pour assurer l’automatisation de leurs processus. Cependant, ces produits sont désormais mis au point par des communautés et non plus par des fournisseurs traditionnels.

La hausse de l’utilisation des outils open source a été fulgurante au sein des entreprises, l’objectif étant de collaborer librement pour mettre en place de meilleures pratiques opérationnelles. Les entreprises cherchant à tirer parti de l’innovation doivent donc s’approprier le monde de l’open source.

Le problème est que la plupart des entreprises n’ont pas les compétences nécessaires pour utiliser cette mine d’or. Elles ne savent pas comment fonctionnent les communautés. Elles ne savent pas évaluer les projets open source, ni apporter leur propre contribution à la communauté de manière à intégrer leurs besoins dans le développement des itérations futures de technologies clés.

Les entreprises intéressées par l’automatisation doivent mettre en place de véritable stratégies tournées vers l’open source. Elles doivent désigner des personnes chargées d’étudier l’applicabilité des projets open source et recruter au sein de cette même communauté afin de disposer de talents qui seront à même d’y contribuer en retour. Ce changement va bien au-delà de la technologie : il révèle le regard que les entreprises portent sur le marché et sur la façon dont elles constituent leurs équipes.

 

Un parcours à part entière

Les entreprises doivent comprendre que l’automatisation n’est pas une finalité, c’est un itinéraire à composer. Il n’existe pas de solution toute faite. En raison de la nature même des workflows d’entreprise, l’automatisation doit obligatoirement être ultra-contextualisée : elle doit être différente dans chaque environnement. Les entreprises doivent renoncer à leurs ambitions d’automatisation rapide et uniforme. Pour obtenir des résultats tangibles, elles doivent s’appuyer sur un processus consciencieux d’étude de l’amélioration sur plusieurs trimestres et années.

La course à l’automatisation se fait en parallèle de la migration vers le cloud. En optant pour des environnements cloud et multicloud, les entreprises comprendront qu’elles doivent abolir les frontières opérationnelles historiques entre différentes parties de l’infrastructure (datacenter, campus, succursale, wan, sécurité, etc.).

Elles ne bénéficieront pas des véritables avantages du cloud si les charges de travail sont confinées dans des parties spécifiques de l’infrastructure. Par conséquent, des aspects tels que la sécurité et l’automatisation devront à terme évoluer pour s’adapter aux exigences du multicloud. Au minimum, la sécurité et l’automatisation devront s’étendre à tous les aspects de l’écosystème informatique de l’entreprise.

Étant donné les difficultés que présente la gestion des transitions, les entreprises feront bien de garder à l’esprit le multicloud au moment de planifier l’automatisation de leurs processus. Il serait en effet bien dommage de se rendre compte, au moment de passer la ligne d’arrivée, que vous n’avez pas participé à la bonne course.

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