Le véhicule autonome, entre promesses et réalités – Décryptage

Par Jean-Pierre Orfeuil, spécialiste des mobilités urbaines
et Yann Leriche, directeur des activités Amérique du Nord et véhicule autonome du groupe Transdev

 

Qu’est-ce qu’un véhicule autonome ?

Au risque de vous surprendre, le véhicule autonome n’est pas qu’un objet technologique. La représentation que l’on s’en fait est souvent brouillée par les fantasmes suscités par l’intelligence artificielle, par la croyance que le gagnant raflera toute la mise et par l’incroyable capacité de storytelling des géants de la Silicon Valley (il arrive, il faut en être…). Il ne faut pas l’oublier : le véhicule autonome est aussi un objet social susceptible de transformer progressivement nos villes et nos vies. Derrière la représentation simple d’un véhicule sans conducteur se cache une réalité plus complexe. Il n’existe pas un mais des véhicules autonomes en fonction du degré d’autonomie conféré. On compte 5 niveaux allant de l’assistance du conducteur que nous connaissons et qui se développe sur le marché à l’autonomie totale du véhicule en toute situation. Il est probable qu’à ce stade, le volant et les pédales devenus inutiles disparaîtront. Si le véhicule autonome est un objet sophistiqué qui offrira à l’avenir de nouvelles fonctionnalités, on ne peut pas le comparer à un smartphone dont l’usage prend place dans un espace virtuel. Le véhicule autonome impacte toute la société car il circule dans un espace physique occupé, habité. Un espace concret et vivant qui soulève de nombreuses questions notamment en termes d’acceptation, de responsabilité et d’usages.

 

En quoi le véhicule autonome peut-il radicalement transformer notre futur ?

Le véhicule autonome, quel que soit son potentiel disruptif, ne dessinera pas un nouveau monde comme sur une feuille blanche. Il peut en revanche progressivement changer notre rapport au temps et à l’espace.Il est porteur de perspectives prometteuses pour la ville de demain. Dans une étude récente, l’OCDE a montré qu’en appliquant le modèle d’une métropole entièrement autonome à Lisbonne, toute l’offre de mobilité peut être servie avec 3% du nombre de véhicules circulant actuellement dans la ville. En allant plus loin et mécaniquement avec un besoin de parking réduit de 80%, la voirie retrouve 20% d’espace en plus sur les aires de stationnement. Ces espaces libérés offrent de nombreuses opportunités pour l’urbanisme. Par ailleurs, le véhicule autonome peut créer de nouvelles sociabilités et activités avec des trajets réinventés. Il pourra à l’avenir faire gagner des mètres carrés, du temps et inventer de nouvelles formes de mobilité qui façonneront nos territoires.

 

Comment peut-on accompagner au mieux les bouleversements annoncés ?

L’arrivée du véhicule autonome va créer un certain nombre de ruptures portées notamment par des acteurs de la logistique ou du transport public sur une durée assez longue. Pour éviter la sortie de route, la question de la confiance est centrale.Pour cela, nous avons développé l’outil d’analyse innovant appelé TRUST qui permet de décliner la confiance en 5 domaines-clés : la Technologie, les Règles, les Usages, les Systèmes et services dans lesquels ces véhicules seront intégrés et lesTerritoires. L’objectif est de mieux cerner les interactions des phénomènes complexes et éviter le piège des analyses partielles et donc partiales.Le véhicule autonome est un objet social porteur de risques et d’opportunités. Pour les appréhender, tous les acteurs doivent être mobilisés pour accompagner les changements. En plaçant la confiance au centre des interrogations, le véhicule autonome peut faire progresser vers plus de bien-être collectif.

Les opinions exprimées dans cet article sont uniquement celles du contributeur
et ne reflètent pas celles de Les-Experts.tech.

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