Supply Chain : et s’il était possible de visualiser l’activité de dizaines de milliers de fournisseurs sur son écran ?

scalian - julien jeany
Par Julien JEANY, Ingénieur en sciences cognitives, PMP®, Scalian

Jusqu’où s’étend mon réseau fournisseurs ? Dans quelle mesure puis-je avoir des informations instantanées sur les flux de marchandises ? Comment savoir si l’un de mes fournisseurs indirects au sein de mon réseau étendu est en difficulté ? Voilà des questions que se posent régulièrement les gestionnaires de la Supply Chain (Supply Chain Managers – SCMs). 
Cet article vise à apporter des réponses qui permettront aux principaux intéressés de redéfinir leurs stratégies, gérer les imprévus et piloter leurs réseaux de fournisseurs en quelques clics.

 

La Supply Chain… une chaîne d’organisations ?

Pas tout à fait. Christopher Martin définit dans « Logistic and Supply Chain Management », la chaîne d’approvisionnement comme « un réseau d’organisations connectées et interdépendantes travaillant ensemble et en coopération pour contrôler, gérer et améliorer le flux de matériaux et d’informations des fournisseurs aux utilisateurs finaux ». On ne définit plus une chaîne d’approvisionnement comme une simple chaîne d’organisations, mais comme une structure impliquant un nombre croissant d’interdépendances et de connexions de plus en plus complexes. Ce qui constitue non pas une chaîne, mais un réseau d’approvisionnement ou un réseau de fournisseurs.

 

Pourquoi les liens et les interdépendances sont si complexes ?

Cela est dû en grande partie à la mondialisation de l’économie (Harland et al.2003 ; Hillman, 2006) : l’internationalisation des relations entre les organisations ainsi que l’externalisation de certaines tâches qui se faisaient auparavant en interne. En effet, ces organisations sont aujourd’hui liées avec d’autres partenaires : les fournisseurs, sous-traitants, cotraitants, distributeurs…
Les réseaux fournisseurs sont en conséquence flexibles, ouverts et hyper-connectés, ce qui fragilise le système (Lavastre et Spalanzani 2010) et fait évoluer les organisations dans des milieux turbulents.

Dans certains contextes industriels comme l’aéronautique, l’automobile ou le ferroviaire, le nombre d’acteurs distincts au sein d’une même chaîne d’approvisionnement peut monter à plusieurs dizaines de milliers. Ces acteurs sont répartis sur plusieurs niveaux, représentés selon le nombre d’intermédiaires avec le client final.

 

Quelles sont les conséquences sur le terrain ?

L’expérience terrain nous montre que les gestionnaires de la Supply Chain n’ont en règle générale qu’une vision extrêmement locale et confinée aux fournisseurs de premiers rangs. La difficulté majeure réside dans l’obtention d’une vision de bout en bout du réseau pour anticiper les risques, réagir rapidement et minimiser les impacts.

L’information de défaillance d’un fournisseur de rang supérieur à trois, peut ne jamais être remontée au client final avant que des problématiques de stocks ou de  livraisons n’apparaissent. Les menaces sont multiples, potentiellement destructrices et souvent difficiles à prévoir.

Concilier performance, qualité, pilotage tout en réduisant les coûts et en maîtrisant les risques, telle est aujourd’hui l’équation que tous les SCMs doivent résoudre. La problématique est donc de trouver un moyen d’obtenir une vision de l’ensemble du réseau fournisseurs, en incluant tous les acteurs et les flux ainsi que leur état.

 

Quels sont les moyens permettant de répondre à cette problématique ?

Les mathématiques fournissent beaucoup d’outils et de méthodes qui répondent de façon très élégante à cette problématique.

Pour ce faire, il faut comprendre et bien formaliser le réseau fournisseurs dans le but d’établir un lien direct et précis entre le réseau et des structures mathématiques. Avec ces structures, on modélise le réseau fournisseurs. Un modèle que l’on va pouvoir manipuler et étudier par différents outils et théories.

Une des théories mathématiques dédiée à l’étude des réseaux est la théorie des graphes. Cette discipline étudie les graphes, qui sont des modèles simples de réseaux reliant des objets. Ces modèles sont constitués de points appelés sommets et de liens entre ces points appelés arêtes. Ces graphes peuvent aussi être représentés par des matrices binaires.

Un réseau fournisseurs peut donc être représenté par un graphe auquel on autorise les arêtes multiples entre les sommets, ainsi qu’une notion de coloration des nœuds qui permettent de distinguer différents types d’activités des entreprises. Une coloration des arêtes permet aussi de distinguer les différents types de flux. Il est également possible, à l’aide de ce formalisme, de traiter les cas où une entreprise mène plusieurs types d’activités à la fois et de bien différencier ces activités les unes par rapport aux autres. Ces graphes peuvent, à leur tour, être représentés par une généralisation des matrices binaires, appelés tenseurs.

Informatiquement, ces tenseurs peuvent être représentés par une structure de dictionnaire dans un fichier. Le tenseur est l’élément d’entrée permettant à des fonctions basées sur des bibliothèques graphiques de le transformer en graphe, permettant une exploitation visuelle des données.

 

Et concrètement…?

Nous sommes aujourd’hui en capacité de représenter tout ou partie d’un réseau fournisseur, l’approche proposée nous permettant de modéliser l’ensemble des activités des acteurs du réseau ainsi que les flux matériels et immatériels régissant la chaîne.

La théorie des graphes nous permet également d’extraire la sous-chaîne impactée par un problème sur un fournisseur de rang N, et d’en analyser les conséquences.

Une représentation seule permet de se rendre compte de la complexité opérationnelle de gestion des réseaux d’approvisionnement.

Cette brique est la première d’une lignée visant à permettre un meilleur pilotage bout en bout de la Supply Chain.
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