L’IoT en 2019 : sommes-nous les clients ou les produits ?

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Par Stéphane Estevez, EMEA Product Marketing Director chez Splunk

La sécurité et la confidentialité sont deux des principaux obstacles à l’adoption de l’IoT par les entreprises. Ce sont les deux sujets sur lesquels les entreprises ont le plus de questions, et il ne fait aucun doute que les préoccupations sont justifiées. Les botnets, les intrusions numériques, ou même l’utilisation de l’Internet industriel des objets (IIoT) pour commettre des sabotages à distance font aujourd’hui la Une des journaux.

Même les produits de consommation ne sont pas à l’abri des menaces à la sécurité et à la confidentialité. Prenons, par exemple, l’histoire de ce hacker qui a réussi à pirater un babyphone connecté et à parler à l’enfant, alors que les parents n’avaient probablement même pas envisagé ce genre de risque. Alors que notre monde devient de plus en plus connecté, nous le devenons aussi, et à juste titre, nous devrions prendre des précautions pour nous protéger et protéger nos familles.

Alors que le risque de piratage et autre acte malveillant attire notre attention, la confidentialité semble prendre le pas sur la sécurité – pas certain que cette approche soit la plus sécurisée ou intelligente. Aucun pare-feu ne peut nous protéger contre les conséquences liées aux informations que nous partageons volontairement sur les réseaux sociaux, et indirectement par le suivi et le profilage numériques. Si vous voulez avoir peur, jetez un coup d’œil à votre historique d’activité sur Google. Ils en savent peut-être déjà plus sur vous que vous-mêmes.

 

Proche du bord, mais sans passer par-dessus

Je me souviens de mes premières expériences avec Internet, avec AOL ou encore Netscape Navigator. Je me souviens aussi être rapidement devenu super inquiet par rapport à la confidentialité. Désactiver les cookies me rendrait anonyme, j’en étais persuadé. Mais au fur et à mesure que mon lien avec le web devenait plus intime, entre les e-libraries et l’e-commerce, puis par les réseaux sociaux, l’expérience en ligne se dégradait de par mes objectifs personnels de protection de la vie privée.

Je continuais de voir des publicités, mais elles n’étaient pas pertinentes pour moi. Les sites sur lesquels j’avais des comptes ne stockaient que quelques informations minimales à mon sujet. Finalement, il est devenu évident que le fait que mon navigateur enregistre des informations plus détaillées comme mon historique de navigation, mes centres d’intérêt, les données multiplateformes récupérées à partir de mes autres appareils web, comme mon téléphone, pourrait me fournir une expérience plus personnalisée et pertinente. J’ai rencontré assez d’opportunités et de valeur dans l’expérience d’un Internet personnalisé pour échanger un peu d’anonymat contre du confort. Et pour être honnête, je ne le regrette pas vraiment.

Petit saut dans le temps jusqu’à aujourd’hui. L’interface Internet représente bien plus qu’un ordinateur ou un appareil mobile. Elle s’étend à la maison, au bureau, la voiture, la vie. On parle à Internet via Alexa ou Google pour commander des produits que ses créateurs auront recommandés par le biais d’annonces ciblées, sinon entièrement personnalisées, dans le fil Facebook. On lui demande même de jouer de la musique sur un compte iTunes, qui, par le biais d’un compte familial, est connecté et installé sur un ou plusieurs appareils. Lorsqu’on a une famille, notre but est de surveiller le contenu auquel nos enfants accèdent, mais sommes-nous les seuls à « virtuellement » regarder par-dessus leur épaule ?

 

Développer l’imagination avec une nouvelle formule magique

Chaque action (ce qu’on achète, écoute ou regarde) est enregistrée, stockée et utilisée numériquement pour construire un modèle numérique de l’utilisateur. Désormais, chacun est un participant volontaire de ce nouveau monde connecté. Mais soyons honnêtes : que celui qui continue de lire minutieusement les mises à jour permanentes de la politique de confidentialité et des contrats de licence nous jette la première pierre.

Au fur et à mesure que notre monde et notre domicile se digitalisent (sonnette, serrure, réfrigérateur …), on peut alors se demander quels nouveaux services nous seront proposés et nous donneront envie de fournir encore plus d’informations personnelles et d’abandonner une partie de notre anonymat. Avec la promesse de la 5G, ainsi que les améliorations et la réduction des coûts dans les processeurs embarqués et la technologie réseau, nous ne sommes pas loin d’un avenir où tout ce qui possèdera une batterie ou un câble sera connecté à Internet.

Des services à valeur ajoutée nous seront proposés pour l’ensemble de notre électronique (réapprovisionnement automatique des consommables, logiciels d’auto-guérison, services de maintenance prédictive…), nous garantissant performance, disponibilité et sécurité de nos biens précieux en échange d’une partie de notre bande passante réseau et d’une case cochée sur un accord numérique que nous avons hâte d’accepter. Et nous ne tarderons pas à autoriser des associations plus intimes, comme la connexion de nos maisons, de nos bureaux et de nos voitures à nos réseaux sociaux et à d’autres identités en ligne. Nous nous efforcerons de nous donner une expérience Internet transparente, mais nous pourrions finir par fournir aux entreprises une image encore plus détaillée de ce que nous faisons et de qui nous sommes.

 

Les services des machines

Nous commençons seulement à explorer ce que cela signifie pour nos communautés et notre culture. Toutes ces données sur le comportement humain peuvent être utilisées pour aider. Par exemple, imaginez le jour où des changements subtils de nos routines régulières pourront être utilisés pour détecter des symptômes précoces de maladie mentale ou de démence. Néanmoins, comme le reste de notre empreinte digitale, ils sont également susceptibles d’être utilisés pour mieux nous vendre davantage de produits et de services.

Il y a plusieurs années, on entendait dire que l’IoT était en train de totalement changer la façon dont les entreprises abordent la garantie des produits. Autrefois, les entreprises envoyaient une carte postale avec chaque achat et exigeaient que vous la retourniez avec les détails personnels nécessaires pour recevoir les réparations sous garantie. Ces informations étaient saisies dans une base de données, parfois vendues à des tiers et souvent utilisées pour sonder les clients par téléphone ou par courrier, afin de recueillir plus d’informations sur leur avis et leur utilisation du produit. C’était l’ancienne méthode : toujours interroger le consommateur sur le produit.

Les produits de consommation d’aujourd’hui qui sont compatibles avec l’IoT renversent cette tradition. Le produit n’est pas seulement lié à notre vie, il est aussi lié à l’entreprise, ce qui permet aux entreprises de lui poser des questions sur ses performances, son utilisation, ou même ce qu’il observe sur nous, notre comportement, notre « moi ». C’est la nouvelle façon de faire : toujours interroger le produit sur le consommateur. Comme nous accueillons à bras ouverts ces technologies dans notre vie, nous devons garder un œil attentif, pour savoir si nous – ou au moins nos alter ego numériques – sommes en passe de devenir le produit. Une autre question encore plus importante se pose : sommes-nous d’accord non avec ce genre de pratique ?

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