Non, le RPA n’est pas de l’IA

itesoft - François Bonnet
Par François Bonnet, Chef de produit Digital Process Automation, Itesoft 

La transformation digitale reste l’une des principales priorités des entreprises en 2019. Seulement, même si le sujet a été longuement évoqué et discuté ces dernières années, force est de constater que de nombreuses organisations sont loin d’avoir finalisé leurs projets de digitalisation. 

Pour y parvenir, l’automatisation permettrait de fluidifier les traitements, tout en réduisant les coûts et répondre aux besoins des clients. Les technologies d’automatisation sont diverses, allant de l’automatisation robotique des processus (RPA), à la gestion des processus d’affaires (BPM), en passant par l’intelligence artificielle (IA). Tributaire et préposé à l’implémentation de ces technologies au sein de l’entreprise, le département IT est donc au cœur de ce processus de numérisation. Néanmoins, on constate que si son utilisation n’est pas encadrée, le RPA peut vite devenir un casse-tête pour les directions IT, notamment si l’accent est mis uniquement sur l’automatisation au détriment du process. 

 

RPA : la solution miracle ? 

Pour les entreprises, investir dans une solution d’automatisation est une étape clé dans leur transformation digitale. Forrester prévoit d’ailleurs, qu’en 2019, l’automatisation sera le fer de lance de la transformation numérique avec un réel impact tant sur la relation client, que sur les modèles économiques des entreprises. 

Parmi ces technologies d’automatisation, les organisations manifestent un intérêt croissant pour la RPA (Robotic Process Automation), nouvelle technologie qui fait le buzz. La raison ? L’utilisation du mot ‘robot’ qui fait rêver le commun des mortels, et encore plus les décideurs. Seulement, si de nombreuses entreprises envisagent de s’équiper de ces solutions, on remarque que peu d’entre elles ont une vision claire de sa portée et de ses bénéfices réels. 

La principale force du RPA réside dans l’automatisation des tâches dans des environnements SI à fort legacy avec des applications peu ouvertes. Exit les tâches routinières et fastidieuses pour les collaborateurs, telle que par exemple le copier-coller de champs de donnée d’une application vers une autre. Elles seront désormais réalisées par des robots ! Mais en réalité, si la RPA permet ainsi d’aller chercher le « dernier mètre » d’automatisation – et c’est une très bonne chose – cette robotisation de tâches ne concerne néanmoins qu’une partie des processus métier. Un des écueils serait donc de confondre automatisation de tâches (RPA) et automatisation de processus (BPM). 

De plus, selon Jason Bloomberg, l’une des forces de la RPA est également l’une de ses faiblesses. Si cette technologie permet aux robots d’interagir avec des interfaces utilisateurs, elle ne peut être efficace que si l’environnement lui-même est stable. Lorsque l’interface utilisateur est modifiée, la RPA montre ses limites. Prenons l’exemple d’une entreprise qui voudrait rajouter un champ dans un formulaire web suite à une nouvelle réglementation. Il lui faudra faire évoluer les robots sur tous les écrans reprenant cette donnée. Cela est à prendre en compte et nécessite des investissements financiers et humains supplémentaires qui ne sont pas toujours anticipés. D’autant plus que la réglementation n’est qu’un des nombreux facteurs externes pouvant influer sur une entreprise et son marché. 

Ces éléments posés, la RPA répond bien néanmoins à des objectifs de productivité et gain de temps. Aujourd’hui cependant, le principal enjeu des organisations ne se résume plus uniquement à cela. L’enjeu réside plutôt dans la possibilité de proposer de nouveaux services toujours plus personnalisés et différenciateurs avant la concurrence. Un réel enjeu stratégique, beaucoup plus large que les seuls gains de temps ou de productivité. C’est pourquoi la transformation digitale est avant tout une affaire de processus et non de tâches. Une transformation réussie implique de digitaliser ses processus d’entreprise – de bout en bout – pour les rendre plus efficaces, plus rapides et plus sécurisés. 

 

RPA et BPM : penser local et agir global 

Bill Gates a dit : « la première règle avec toute technologie utilisée dans les affaires, c’est que l’automatisation appliquée à un process efficace va augmenter l’efficacité. La seconde règle est que l’automatisation appliquée à un process inefficace va en augmenter l’inefficacité. » 

Afin d’éviter cet écueil, l’apport de solutions capables de modéliser ses processus pour les adapter, les optimiser avant de les orchestrer et de les automatiser, est primordial. Une approche holistique de l’automatisation en somme ! Comme peut l’apporter la gestion des processus métier, autrement dit le BPM. 

Alors RPA ou BPM ? Si ces deux technologies traitent d’automatisation, et qu’elles sont très souvent utilisées dans les projets de transformation digitale, l’une ne peut se substituer à l’autre. Comme le dit si bien Jim Sinur, la RPA travaille sur des tâches spécifiques et le BPM travaille sur l’orchestration de toutes sortes de tâches qui impliquent ou non la RPA

Et si RPA et BPM étaient en fait complémentaires ? Ce serait effectivement une erreur d’opposer ces deux technologies. Le BPM donne une vision globale et permet de modéliser, orchestrer et automatiser les processus métier dans leur entièreté. A l’intérieur de ces processus certaines tâches locales bien particulières et jusqu’à présent difficilement automatisables peuvent désormais l’être via les robots de la RPA. Penser global et agir local ! 

Quoi qu’il en soit, le marché de la RPA est en plein boom. Il s’élèvera, selon Forrester, à 2,9 milliards de dollars en 2021, contre 250 millions en 2016. En parallèle, une entreprise telle qu’Automation Anywhere est évaluée à 2,6 milliards de dollars par la SoftBank, soit presque autant que la valeur du marché dans lequel elle opère. En comparaison, le marché du BPM qui répond à des enjeux plus stratégiques, devrait passer de 6,96 milliards en 2016, à 13,52 milliards selon Satistica. Paradoxe, avez-vous dit ? 

 

Pas tout à fait, quand on sait qu’aveuglées par certains exemples probants, certaines organisations se sont jetées sur cette nouvelle technologie. Un effet « miroir aux alouettes » souligné par certains analystes : selon Forrester, on constate que la plupart des entreprises qui ont acheté des outils RPA, avaient en réalité, besoin d’une approche plus globale de l’automatisation et donc de solutions de BPM. Chers décideurs, si vous souhaitez que votre entreprise se développe et se démarque de ses concurrents, tout en étant plus agile, c’est donc en priorité sur le « Process » que l’accent doit être mis ! 

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