Web 3.0 ou le droit à la vie privée

Une exclusivité Les-experts.tech

Par Amira Bouguera (cryptographe), Sajida Zouarhi (architecte blockchain), ConsenSys

Le droit à la vie privée est une composante essentielle des sociétés libres et démocratiques. Mais depuis l’avènement d’Internet et des nouvelles technologies de l’information, ce droit est couramment fragilisé. À mesure que l’on égraine nos « données personnelles » sur le web, la « vie privée informationnelle » est en effet régulièrement ébranlée, la plupart du temps à notre insu.

La technologie exerce une forte pression sur la protection de la vie privée et redéfinit sans cesse – l’air de rien – les contours même du droit à la vie privée. Mais cette réalité n’est plus une fatalité. Et la blockchain, en tant que technologie décentralisée et sécurisée, est une solution qui peut permettre à tout à chacun de reprendre le contrôle sur ses données personnelles, afin d’en superviser l’utilisation.

 

Exploitation de données abusive 

On le sait, les GAFA collectent de nombreuses données personnelles. Localisation, amis, connexions, photos, centres d’intérêt… sont autant d’informations récoltées et utilisées chaque jour par les géants du web pour orchestrer, pour orienter le comportement (opinion, achat…) de millions individus sur la planète.

En 2016, dans le cadre de la campagne Trump, Facebook a ainsi dévoilé les données de 50 millions de ses utilisateurs à Aleksandr Kogan, chercheur à Cambridge Analytica. Les données ont été recueillies par le biais d’une application Facebook baptisée « thisisyourdigitallife ». Initialement, pas moins de 270 000 utilisateurs ont été payés pour réaliser un « test de personnalité ». Ils ont accepté que leurs données soient collectées à des fins académiques. En réalité, l’application est allée bien plus loin dans la collecte puisqu’elle a également siphonné des données personnelles auprès des amis Facebook des participants. En cause, une malheureuse faille dans l’API du célèbre réseau social…

Dans un autre registre, le cas 23andMe est tout aussi parlant. 23andMe est un algorithme qui, à partir des données fournies par un utilisateur sur son état de santé, est en mesure de lui délivrer tout un tas d’informations sur ses origines. Depuis son lancement en 2007, 5 millions de personnes se sont laissé tenter par le service. 

23andMe a en outre recueilli un certain nombre de précieux renseignements (comportement, habitudes…) auprès de 80 % d’utilisateurs. Ces clients ont donné leur accord pour que leurs données servent à la recherche. Contre ce « don de données », les clients pouvaient savoir s’ils étaient ou non porteurs d’une grave maladie génétique, telle que la maladie de Parkinson ou la maladie d’Alzheimer. En réalité, 23andMe a partagé les données avec l’un des plus grands fabricants de médicaments au monde, GlaxoSmithKline. Divulgués auprès de compagnies pharmaceutiques, les renseignements personnels ont notamment permis d’affiner leurs plans marketing.

 

Reprendre le contrôle de son identité en ligne 

Ces exemples démontrent à quel point il est nécessaire de reprendre le contrôle sur la circulation nos propres données. De connaître qui peut y accéder, qui peut les collecter, les utiliser, et à quelles fins.

En permettant aux données de rester sous le strict contrôle de leur propriétaire, mais aussi d’être partagées sans jamais être copiées, la technologie blockchain est en train de créer un nouvel Internet, le Web 3.0. L’une des grandes particularités de la blockchain tient dans son architecture décentralisée. Les informations ne sont en effet pas hébergées sur un serveur unique, mais sur plusieurs serveurs, et ce, de façon cryptée, donc totalement immuable. Il n’y a ni intermédiaire ni organe de contrôle centralisé. Et, à tout moment, le titulaire d’une donnée peut en reprendre possession. 

En redonnant le contrôle aux utilisateurs, le Web 3.0 offre une toute nouvelle façon de penser et d’organiser les données sur Internet. Sur des réseaux utilisant la blockchain, les utilisateurs partagent leurs données avec qui bon leur semble. Surtout, ils en restent propriétaires. Libres à eux de les céder temporairement à telle ou telle plateforme, sans craindre une « fuite de données », puisqu’ils peuvent à tout moment révoquer leur autorisation d’accès et d’utilisation. Le Web 3.0 dessine à grands pas l’idée d’une identité en ligne intégralement autogérée – self-sovereign identity, en anglais. Une manière simple, rapide et pérenne de faire valoir son droit à la vie privée. 

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